divertissement populaire offert par l’armée à des spectateurs innocents

J’interromps momentanément ma quête du nouveau-mot-qui-régit-le-monde en raison d’une dépêche qui vient de tomber (et elle n’est pas la seule, malheureusement) sur mon télescripteur médiatico-cérébral (littéralement, le moyen de se passer de cerveau).

Un sergent de l’Infanterie de Marine – il faut être militaire pour penser (osons l’improbable) sérieusement qu’on peut marcher sur l’eau – a vidé son chargeur de pistolet-mitrailleur sur la foule venue “voir et complimenter l’Armée Française” à l’occasion d’une journées “portes ouvertes” du 3ème RIMA de Carcassonne.Les badauds stipendiés qui oeuvrent à la lobotomie de masse nous ont donc offert la suite du spectacle (“the show must go on …”) en nous abreuvant de “témoignages de consultants” ; c’est le mot à la mode pour désigner les pigistes occasionnels censés apporter, à défaut d’expertise,  un regard extérieur (à quoi ?) destiné à renforcer la pertinence et la crédibilité des quatre-vingts secondes d’images d’archive insipides qu’on vient de nous diffuser. 

Et l’on apprend, stupéfaits, voire stupéfiés par l’abus chronique de thériaque audiovisuelle, qu’un soldat professionnel aurait confondu (Errare humanum est …) les munitions réelles avec des balles-à-blanc.

Si l’on peut admettre facilement qu’un professionnel puisse commettre une erreur (voir le deuxième post de ce blog pour la confrontation entre un architecte naval professionnel et un amateur), on reste perplexe devant le tir de barrage d’obus fumigènes utilisés pour opacifier le rideau qui, dans tout théâtre, sert autant la tragédie que la comédie.

Le tireur aurait (déontologie oblige, nos porte-cotonmicro officielsutilisent volontiers le conditionnel, comme pour dire : restez à l’écoute, on précisera plus tard …) malencontreusement gardé par devers lui des munitions réelles à l’issue d’un exercice de tir quelques jours auparavant. Quiconque aura effectué son service militaire sait que les étuis (vulgairement les douilles, mais je voulais éviter la sonorité) sont comptés pour chaque tireur à la fin de la séance et qu’on ne peut distraire facilement plus d’une ou deux cartouches à chaque exercice. pour un chargeur complet, il faut donc compter au bas mot sur une rapine constante s’étalant sur plusieurs semaines, voire plusieurs mois, ce qui dénote une volonté constante de se monter un stock de munitions clandestin qui confine à la préméditation. Soustraire un chargeur complet en une seule fois nécessite une complicité (ou une légèreté bienveillante) qui, si elle était imputée au seul laisser-aller qui règnerait dans les rangs de notre armée laisserait entrevoir des lendemains auprès desquels notre parcours à l’Euro de football n’est qu’une pâle répétition.

Le plus grave est ailleurs : à l’aide d’animations 3D (fournies par le Service Cinématographique des Armées ?), on nous a expliqué que nos vaillants troufions antiterroristes visaient un cabanon de jardin dans lequel d’innocents otages étaient censés être détenus, lequel était malencontreusement situé entre nos forces et nos victimes. Si c’est pas ballot, ça !

On nous rebat les oreilles depuis des années avec le “syndrome de Stockholm” qui conduirait des otages à accorder plus de confiance à leurs ravisseurs qu’à ceux qui sont censés les en délivrer. On oublie souvent que les victimes de cette terrible maladie sont -elles- encore vivantes, à l’inverse de beaucoup de celles du syndrome des forces de l’ordre.

Un défunt Président de la République Française (un Général, sans doute …) avait déclaré, au nom du réalisme, que l’on ne faisait pas d’omelette sans casser des oeufs. D’un point de vue dialectique, on peut en discuter, en évaluer les conséquences abstraites ou hypothétiques, en peser les antécédents logiques, … il faut bien que les théoriciens de l’Ecole Militaire s’amusent !

Dans le domaine concret, le premier cuisinier de “fast-food” venu vous dira : encore faut-il qu’il y ait une omelette ! Et là, silence. Aucun journaliste n’a, à ma connaissance mentionné que le militaire qui jouait le rôle du terroriste-planqué-dans-la-foule aurait été abattu ou même légèrement blessé.

 Sans faire preuve d’un esprit particulièrement chagrin, on pourrait tout de même remarquer qu’une erreur d’exécution (oui, je sais, le mot est mal choisi) a masqué un choix tactique lamentable, au point que seize victimes plus tard, le canard était toujours vivant !

Pour finir sur une note optimiste, on peut s’estimer véritablement heureux qu’il n’y ait pas eu là de vrais terroristes, on n’ose penser à ce qu’aurait été le bilan.

PS : Le titre de ce message est emprunté  à un écrivain américain, Ambrose Bierce, lequel possédait une vision du monde assez particulière et dont je me suis depuis toujours senti assez proche.

Une réponse à divertissement populaire offert par l’armée à des spectateurs innocents

  1. Wil dit :

    Cette fois, c’est sûr, on nous prend vraiment pour des c… ! On nous parle d’erreur humaine commise par une unité d’élite…
    Soit nos journalistes sont trop jeunes pour avoir fait leur service militaire, soit il n’existe que des journalistes en jupe (pas de misogynie dans mes propos, juste que le service militaire n’était pas une obligation pour les dames), ou dernière possibilité Le Journaliste est objecteur de conscience.
    Petite parenthèse technique :
    Effectivement comme nous le dit très clairement Pk1157’s, les munitions sont comptées. On peut admettre que certaines douilles ne soient pas retrouvées. Admettons.
    Pendant mon service militaire, j’étais (et je m’en excuse) moi-même petit sergent et je ne comprends toujours pas comment on peut confondre un chargeur de balles à blancs et un chargeur de balles réelles.
    Un aveugle ferait la différence : en effet les balles à blancs ne sont en fait que des étuis remplis de poudre et dépourvues d’ogives. Ces fameuses ogives sont de taille très raisonnables (env 2 cm de long et en acier ou cuivre) et sont au nombre de 25 par chargeur dans le fusil d’assaut utilisé par notre armée. La différence de poids d’un chargeur remplis de balles à blanc et d’un rempli de balles réelles est flagrante.
    De plus, les chargeurs sont alimentés par le tireur lui-même. Pas de chargeur « pré rempli » par l’armurerie.
    Fin de la parenthèse.

    Enfin bref, tout ça pour dire que l’investigation (un minimum) ne doit pas être au programme des écoles de journalisme ou alors que nos médias souffriraient peut être de “contrôle” voir de censure.
    C’est sûr c’est plus tolérable (et encore) d’entendre erreur humaine (et oui ça arrive à tout le monde) plutôt que « l’armée française forme des sous officiers d’élite dont le niveau de maturité est proche de celui d’un bulot de méditerranée »
    Comme le dit une de mes chansons préférées du célèbre interprète Jacques Dutronc :
    « On nous cache tout, on nous dit rien, plus on apprend plus on ne sait rien… »

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